Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Dimanche 18 février 2007 7 18 /02 /Fév /2007 00:00

 

 Numismates, numismates, numismates,

A l'heure où ce blog traverse une crise sans précédent, tenaillé par la critique des lecteurs et l'intransigeance du Professeur Whitman, je me devais d'intervenir, moi, Raymond Bounaffou.

La mort de Myblack m'a profondément attristé, mais également surpris : pourquoi partir si tôt, alors qu'il était en train de séduire une camarade de classe ? Pourquoi quitter ce monde absurde, lui qui aimait tant l'absurde ? Pourquoi fuir son appartement quand des lasagnes restaient encore dans son frigo ? Tout cela est incompréhensible, et c'est pour ça que j'ai engagé un homme de confiance pour mener l'enquête sur la disparition de notre gourou.

Le Professeur Whitman ignore tout de cette investigation et de cet article. Il est actuellement à Francfort pour son procès l'opposant à deux lectrices, ce qui permet cette ingérence destinée à éclaircir les zones d'ombres qui noircissent la vérité. Mon homme de confiance est un as. Son expérience dans le domaine des crimes non-élucidés nous sera, je l'espère, d'un grand secours. Je lui laisse la place, en espérant que le Professeur Whitman ne remarque rien.

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 -Bonjour madame. Veuillez nous laissez-nous entrer, nous sommes de la police.

- Montrez-moi votre papier... Hé mais attendez, il s'agit d'un coupon de réduction pour des pâtes aux oeufs ! En quoi cela vous autorise-t-il à pénétrer chez moi ?

- Merde, j'ai pas pris la bonne carte, inspecteur.

- Si c'est pour me vendre des encyclopédies ou des bouquins de Laurent Ruquier, cassez-vous ! Ou j'appelle les flics !

- Ecoutez Madame, nous voudrions interroger votre fille, au sujet de la mort de Myblack... Selon des sources françaises, elle aurait côtoyé Myblack peu avant sa disparition brutale. Cela serait-il possible de la rencontrer ?

- Elle mange de l'herbe dans le jardin. Vous pouvez aller lui parler, si vous n'avez rien de mieux à faire. Mais... votre visage ne m'est pas indifférent... Et cette cravate... Vous ne seriez-pas...

- Si, c'est bien moi, le seul, l'extraordinaire, l'uniqu...

- Thierry Beccaro, de Motus !! Mais que faites-vous là ? Oh, si vous saviez, j'ai tout vos disques, monsieur Beccaro, je... 

- Au revoir madame, merci de votre coopération.

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- Alors comme ça, vous connaissiez Myblack ?

- J'étais l'une de ces camarades de classes, effectivement.

- Vous étiez très intime, tous les deux ?

- Disons qu'il tentait de me séduire depuis maintenant 4 mois et que, malgré un charme évident, je refusais de céder à ses avances. Quand j'y repense... quelle erreur !

- Et ce sinistre jour de 1er Février, quand Myblack a disparu, avait-il tenté une approche ?

- Oh, comme tous les jours. Il m'avait proposé un concours de brouette. Vous savez, on attrape l'autre par les jambes qui doit faire la brouette avec ses mains.

- Oui, je vois...

- J'ai prétexté un cours de yoga, il a insisté deux fois, et après trois autre refus il a finalement lâché prise. On s'est alors dit au revoir, puis il est parti de l'école dans le mutisme le plus total, en ne parlant à personne, évitant le moindre regard.

- Et ça ne vous a pas inquiété ?

- Oh non, il se comporte toujours ainsi.

- D'accord. Si vous voulez de l'aide pour franchir cet escalier... Je vois que vous êtes en chaise roulante...

- Ne vous en faites pas pour moi, je ne suis pas handicapée, c'est juste un "genre" que je me donne pour trouver des places de parkings.

- Très bien. Et sinon, vous êtes célibataire ?

- Pardon ?

- Je demandais si vous étiez célibataire.

- En quoi cela vous regarde-t-il ?

- Euh... je... c'est pour l'enquête. Ouais. Pour l'enquête.

- Je ne coucherais pas avec vous, si c'est ça que vous voulez savoir.

- Elles disent toujours ça au début, et ensuite, une fois que le charme agit, une fois que la sensualité s'installe, une fois que je déboutonne ma...

- Inutile d'insister, je serais inflexible.

- Soit. Pas de problème. Mais que faisiez-vous dans la nuit du 26 Septembre 1994 au 14 Décembre 2002 ?

- Dans la... Euh... Je ne sais plus trop, à vrai dire...

- Veuillez immédiatement me suivre en poste. Vous êtes en état d'arrestation, mademoiselle.

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- C'est troublant, inspecteur, vous paraissez plus jeune que sur la photo précédente.

- Vraiment ? Sans doute un effet de lumière.

- Magie du direct...

- Cela provient sûrement de ces pilules que je prends contre le mal de mer.

- Tout s'explique. Et alors cet interrogatoire avec l'invalide, ca a donné quoi ?

- Que dalle. Elle a refusé de céder à mes avances. Si tu veux mon avis, elle est frigide.

- Mais concernant l'enquête ? Elle a t-elle évoqué le nom d'éventuels complices ?

- J'en sais rien, elle arrêtait pas de crier. Impossible de la faire taire. Et elle mord, en plus !

- Bon sang... Nous sommes coincé...

- Non, t'en fais pas. On n'a qu'à attendre la prochaine photo, on verra bien ce qu'il se passe ensuite.

- Pas con ! Bravo Derrick !

- Aucun mérite : j'ai lu le scénario avant de venir.

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- Alors comme ça, vous êtes numismate ?

- Pardon ? Non, non, mais attendez où suis-je ? Que fais-je dans un commissariat ?

- Ne changez pas de sujet ! Nous savons que vous connaissiez Myblack ! Ne niez pas !

- Myblack ? LE Myblack ? Celui qui illuminait mes jours à chacun de ses mots, celui qui séduisait mes zygomatiques à coup de bons mots soigneusement préparés avec amour ? Celui qui me rendait fou d'allégresse ?

- Je crois qu'il bluff, Derrick.

- Possible. Quand l'avez-vous vu croisé pour la dernière fois ?

- Au rayon fromage de chez Monoprix. Il tâtait un Saint-Nectare en sifflotant du Michel Jonasz.

- Sûrement une phrase codée...

- Du Michel Jonasz... Je cherche la contrepètrie mais...

- Pardon ?

Tant pis, nous allons devoir vous abattre d'une balle en pleine tête.

- Ah ah ! Je m'en fous, ce n'est qu'un article de blog ! Vous ne me tuerez jamais !

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- Dire qu'il se pensait invincible... Quel con !

- Heure du décès : 15 heures 72. Au 4ème top, il sera l'heure d'aller goûter.

- Alors toubib, quelle heure est-il ?

- Je viens de le dire.

- Non mais j'ai sauté une réplique, en fait, j'aurais du la dire avant.

- Ah. C'est fâcheux. De quoi cet homme est-il décédé ?

- Difficile à dire.

- Oui, très difficile. D'ailleurs nous ne le diront pas, c'est vraiment trop difficile.

- D'après ce trou en plein milieu du crâne, il semble avoir été transpercé par quelque chose... Hum... Une spatule à raclette, je dirais... Quoique, la largeur de l'orifice est trop faible...

- Peut-être avait-il simplement de la migraine.

- Ouais.

- Cela m'étonnerait beaucoup, j'aurais retrouvé un sachet de Doliprane dans sa poche de veste. J'espère que sa mort n'a pas de rapport avec celle de Myblack ?

- Si ! Mais comment savez-vous ça ! C'est incroyable ! Quelle coïncidence, justement nous...

- Moi aussi j'ai lu le scénario. Je suis un figurant destiné à faire avancer l'enquête.

- Ah, parfait. Et donc ?

- Je connais un homme qui a assisté au meurtre de Myblack. Il saura vous en dire davantage, j'ai oublié la fin de ma réplique.

- Lamentable... Même Clovis Cornillac aurait fait mieux...

- Vous êtes odieux !

- Allons-y, Derrick, les lecteurs commençent à s'impatienter.

- A la menthe.

- Quoi ?

- Non, oubliez. C'était de l'impro.

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- Dansez-vous le cha-cha-cha ?

- Non, mon père est osthéopate.

- Désolé, je l'ignorais.

- Moi aussi, je vient seulement de l'apprendre.

- Qu'il est osthéopate ?

- Non, que j'ai un père.

- Derrick, et si on lui parlait de Myblack ?

- De Myblack ? Ah oui, de Myblack. Bonne idée. Selon une source fiable que nous connaissons à peine, vous auriez assisté au meurtre de Myblack. Est-ce véridique ?

- Ah non, pas du tout.

- Vraiment ? Ce n'est pas le cas ?

- Hein ? Ah, si, si pardon. Oui, j'ai tout vu, ce soir-là.

- Mais vous venez de nous dire que vous n'aviez pas assisté au meurtre...

- Non mais c'est le mot véridique que j'avais pas compris, en fait, c'était pour ça.

- Très bien. Et alors, qu'avez-vous donc vu ce soir-là ?

-  Rien.

- Non mais allez sérieux.

- Rien.

- Ecoutez, si c'est parce que je ressemble à Thierry Beccaro que vous vous foutez de moi, c'est vraiment pas très sympa. Je mérite le respect, comme tout être humain.

- Il ne s'est rien passé, ce soir-là. Myblack n'a pas été abattu, contrairement à ce qu'affirme le dessin funeste. Il se promenait près du mur, en baissant la tête, dans son style si caractéristique, mais aucun agent du KGB ne l'a assassiné. Il est simplement remonté dans sa résidence, comme tous les autres soirs, tu vois. Genre no problem les gars me voilà. It's ok. Je suis vivant, tranquille, quoi. Genre O-bla-di O-bla-da. La-la-la personne ne m'a tué, tout va bien, bloup-bloup je...

- Vous avez conscience que vous êtes particulièrement lourd ?

- Oui, je sais. Et j'en ai honte.

- Cette sincérité me touche... Souhaitez-vous m'épouser ?

- On va y aller, inspecteur, il se fait tard. Je vous avais prévenu de ne pas reprendre un second cocktail à la noix de coco, pourtant.

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( A suivre )

Par Raymond Bounaffou - Publié dans : Restes du frigo
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