« J’ai décidé de mettre fin à mes jours pour en finir avec ce stage horrible ». Ce sont les lignes qu’on a retrouvé sous le corps de George-Alain Moustiquaire. Admirablement pendu – la longueur du câble téléphonique, idéale, n’a laissé aucune chance à l’erreur -, le stagiaire s’en est allé rejoindre Grégory Lemarchal en enfer.
Sa mort a surpris : en effet, il ne restait plus à George-Alain que trois jours de stage. L’impatience a eu le dernier mot.
Stagiaire du Blog de Myblack du 3 juillet au 25 Août 2007, George-Alain Moustiquaire aura publié, tout au long de son existence, la bagatelle de 12 528 mots.
Certains signes avant-coureurs avaient alerté le regard perçant des lecteurs : le champ lexical macabre des articles et le ton houellebecquien du mois d’Août commençaient sérieusement à gonfler les promeneurs.
« De toute façon je ne l’ai jamais aimé », a immédiatement déclaré Gérard Crobard, son ex mentor. « Ses tentatives pour augmenter l’audience de ce blog, plafonnant à 400 visites par jour, sont trop longtemps restées infructueuses pour être honnêtes. J’avais beau lui ramener des maghrébins à consommer à la maison, il ne les frappait même plus ! Dès lors, on ne pouvait plus s’entendre.»
« Soyons positif : ça fera toujours un chômeur de moins à nourrir », a expliqué à la presse le sergent Brownies. « J’ai bien entendu immédiatement arrêter le coupable, qui passera le reste de son existence sous les verrous. Ha-Ha, tu fais moins la maligne, maintenant, hein ! » a-t-il gueulé à une soupe de poissons qui finissait de cuire au moment du crime.
« Le plus triste dans tout ça, c’est que son ton libertin et provocateur avait trouvé écho auprès de la jeunesse, de la jeunesse plus âgée et de la jeunesse grabataire. George-Alain avait l’avenir, la télévision, l’argent et les spectateurs de l’Olympia à ses pieds », a regretté Albert de Monaco, enfermé depuis fin juin dans une armoire de l’appartement. « Sinon, si quelqu’un pouvait m’ouvrir, ça s’erait pas d’refus ».
« Dire que je comptais prochainement l’appeler pour lui révéler que je l’aimais », s’est ému Claire Vernier, dont le père est président d’une société cotée en bourse. « Cotée en bourse, vraiment ? Vous faites quoi ce soir ? Parce que moi non plus », lui a alors susurré Gérard Crobard, plus philanthrope que jamais.
« George-Alain Moustiquaire était incontestablement l’un des artistes en devenir du 21ème siècle. Sa disparition risque de plonger la créativité et le talent dans un marasme profond », a prononcé Guy Bedos, qui passait par là voler un peu de soupe de poissons. « S’il avait ne serait-ce diffusé qu’une seule fois son Msn dans l’un ses articles, il serait devenu l’une des étoiles de la France, vénérée des femmes et jalousée des hommes. Aïe ! C’est chaud ce truc ! »
« Quand je pense que j’allais lui proposer d’intégrer notre journal », a confié Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo. « Il aurait eu un salaire mirobolant, des horaires permissifs, des places pour le Stade de France. Quel dommage, bon sang, quel dommage !»
Devant ce flot de louanges qui ne lui était pourtant pas destiné, Myblack, dont le suicide était programmé début octobre, a finalement décidé de vivre une année supplémentaire. Au cas où.