Je porte des chaussettes, comme beaucoup d’entre vous. Au pied, comme beaucoup d’entre vous - enfin ceux qui possèdent des pieds, en tout cas. Mes chaussettes sont noires, et je m’en porte plutôt bien.
Mes chaussettes sont noires parce que… parce que… parce que je suis un mec, et que ça évite de les laver plus d’une fois par mois. J’ai des tendances au racisme, comme beaucoup d’entre vous – enfin ceux qui possèdent des noirs près de leur appart, en tout cas. Si mes chaussettes étaient blanches, mes panards sentiraient l’apartheid. Et l’appart se sentirait mal. En salissant du noir sans vraiment m’en rendre compte, je fais ça en silence : c’est mon côté européen qui parle.
Mes caleçons n’ont pas vraiment un côté européen. Ils ont un côté qui gratte, par contre. Qui dérange. Un côté américain, quoi. Noir. Comme beaucoup d’Américains – du moins ceux qui jouent au basket. Mes caleçons sont noirs, parce que… parce que… parce que je ne vais pas l’expliquer, tout le monde a compris – du moins ceux qui possèdent un anus.
Mes caleçons sont noirs et, forcément, ils sont un peu tristes, d’être noirs. Comme tous les noirs. Qui, comme la plupart de mes caleçons, sont dans la merde.
Bon, j’exagère un peu : j’ai également des slips. Qui sont asiatiques. Je crois que j’en ai déjà trop dit.
Bon, je noircis volontairement la situation de mes caleçons (c’est bien une métaphore) : certains sont propres. Propre à la consommation, vu que j’en utilise une dizaine par semaine. Certains apprécient le noir : ce sont des caleçons d’extrême gauche. L’avantage du noir, c’est qu’il va avec tout. Même avec l’extrême gauche, c’est pour vous dire la prouesse.
A vrai dire, je ne me promène jamais sans mon noir, à proximité de dague. Le noir se porte bien. Il sait rester discret. Il parle peu et, lorsqu’il s’y essaye, le fait mal, baragouine avec un accent encore plus ridicule que le circonflexe. Ca me donne une excuse pour ne pas le comprendre.
Le noir est pratique, le soir, par exemple, pour se camoufler. Non pas à cause de sa peau qui se confondrait avec l’absence de jour, non. Au contraire, même : assez souvent, après le crépuscule, quand je me fais attaquer dans la rue par des jeunes, c’est le noir qui prend. Il me sert de bouclier, en somme. En plus pratique, vu qu’il se déplace tout seul. Du moins avant qu’il ne se fasse casser la gueule.
Y a certains coins de Paris où j'évite de me promener en noir. Si je veux rentrer dans une boîte de nuit, par exemple. Ou quand je veux être crédible pour interviewer un ministre. Ou quand je veux être crédible tout court, même.
Je rencontre fréquemment des noirs oubliés sur des bancs, comme des vieux impers. Ils sont là, un peu...
comment dire...
Noirs...
Non : pauvres, plutôt. Enfin c'est des synonymes, mais....
comment dire...
Ils manquent de classe, voilà. Leur goût vestimentaire est assez douteux : ils pourraient au moins mettre une cravate, pour faire la manche. On est à Paris, merde ! Après on s'étonne qu'ils ne trouvent pas de travail !
Mes amis noirs – bien évidemment ceci est une invention, je n’ai pas d’amis noirs, soyons sérieux – portent du noir. Avant ils portaient des pierres mais ils trouvaient ça salissant, la roche. Ca ressemble à des pellicules, en plus fatiguant.
J’ai des amis qui sont arabes, également. Ils sont davantage arabes que mes amis. Je veux dire qu’on remarque plus leur couleur de peau que mon amitié. Je les invite parfois en soirées, lorsque je fais une tâche sur ma chemise. Mes arabes me servent de paravent, ils dissimulent la tâche. Bon du coup les invités ne viennent pas me parler, mais on ne peut pas avoir le beur et l’argent du beur. En même temps avec l’argent qu’il a, le beur…