En journalisme, un bon titre de Une se doit d’être accrocheur et informatif. Parfois, il s’adonne à l’humour, ce qui lui fait généralement perdre sa touche informative.
Le Journal Aujourd’hui en France, édition nationale du Parisien, se prête assez peu à la gaudriole, dans ces titres de Une.
Le numéro de vendredi nous aguichait le kiosque par des danseurs du ventre explosifs, de Jérôme Kerviel à Hier à Melbourne (à moins qu’il ne s’agisse de Jo-Wilfriend Tsonga, j’y connais rien en tennis). De quoi pousser les ménageurs (*) à se ruer sur l’encre.
(*) ménageur : masculin de ménagère ; un ménageur, une ménagère, des ménageurs - surtout s’ils sont Bretons.
A mon sens, ce journal est un bon journal. Un journal intelligent, juxtaposant avec – Ralph - finesse l’analyse didactique et le populisme du micro-trottoir (c’est vrai, après tout : pourquoi s’emmerder à écrire des conneries quand des gens interviewés dans la rue peuvent les dire à notre place ?)
« Le millionnaire touchait le RMI » m’a immédiatement interpellé. Intriguant, plutôt original, il donne envie d’en savoir plus. La curiosité sursaute. L’oxymore me séduit. Les titres construits à base d’oxymore sont assez fréquents, dans la presse. Je me souviens notamment d’un « Le coiffeur était chauve » dans Ouest-France, d’un « Le missionnaire pratiquait la sodomie » dans La Croix et même d’un « Le conducteur de tramway regardait Auto-moto en cachette », dans Tramway Hebdo. L’oxymore me fait bander. L’oxymore mais ne se rend pas. Je l’aime, ce gros con, avec son caractère de merde.
Pas autant que le palindrome, toutefois. Un palindrome est une phrase ou un mot qui peut être pris dans les deux sens, comme Bob, Laval ou Karine alla en Irak.
Bizarrement, s’il peut également être pris dans les deux sens, Homosexuel n’est pas un palindrome. Sauf s’il s’appelle Bob et qu’il habite Laval. Et qu’il ne couche pas avec Karine, bien évidemment – en même temps elle est en Irak, alors bon, ça risque d’être difficile.
On voit assez peu de palindrome en Une de journaux. Il est vrai que placer « Zeus a été à Suez » a perdu de sa facilité, depuis le décès de Mitterrand. Dans l’histoire de la presse, les trois devantures les plus sensationnelles sont, par ordre d’apparition à l’écran :
- Sacha Distel et le Général de Gaulle ne font qu’un (L’Aurore du 8 mars 1965)
- Karol Wojtyla est une femme (France Soir du 22 juin 1994)
- Myblack a trouvé une petite amie (VSD du 25 janvier 2008)
On voit aisément l’écueil de ces gros plans : la crédibilité.
Par chance, les journalistes ne sont plus crédibles depuis longtemps. Mais il y a des limites au foutage de gueule. A trop vouloir le scoop, on n’obtient que le scalp. Bien sûr, en visant maladroitement, on peut parfois tomber juste. Mais le journaliste n’a pas vocation à jeter des pierres dans l’eau en espérant l’éventuel ricochet de la vérité ; il doit vérifier ses sources, croiser ses informations, ne pas s’engager sans certitudes.
Par chance, je ne suis pas encore journaliste.
Je prévois donc, pour 2008, les Unes suivantes :
- Cécilia Sarkozy fait une fausse couche
- Jérôme Kerviel se donne la mort
- Françoise de Panafieu perd les municipales à Paris
- La France remporte l’Euro 2008
- Magalie Vaé devient caissière de supermarché
- Marion Cotillard remporte le César de la meilleure actrice
- Myblack arrête Le Blog de Myblack