Un blog culte dans mon appartement
Ca y est, j’ai officiellement dénoncé mon voisin aux Allemands. Le formulaire est parti ce matin. Pas en train, les wagons sonnaient déjà complets.
Il n’était pas spécialement juif, pourtant. Ni communiste. Il était un homme, et c’était là son plus grand malheur. La vingtaine plus cinq, un sérieux concurrent dans l’immeuble. Un garçon tout à fait enviable. Propret. Même moi, quelquefois, je me surprenais à le désirer dans l’ascenseur, quand il était en érection. L’ascenseur.
Mon immeuble est mixte. Hélas, les occupantes sont souvent en double. Maquées. J’essaye de les séduire, mais elles me trouvent gros. Mon humour, surtout. Trop lourd, selon elles. Peu pratique, surtout en ascenseur. Trop de graisses, trop de disgrâces. Alors du coup, j’élimine.
Le premier à m’avoir quitté fut le vieux du 4ème, environ 28 ans selon son portefeuille que j’avais oublié de jeter avec le reste dans la benne à ordure. On ne comprend pas tout dans cette phrase mais c’est normal, je n’ai moi-même jamais compris le succès de ce type auprès des femmes. Un George Clooney qui se serait seulement appelé George, vous voyez le bonze ?
Un fêtard. Pas autant que cet Eric du 7ème et ses deux potes, que j’avais croisé en revenant du McDo, un soir. Je m’étais jamais rendu compte à quel point leurs sacs sont grands, chez McDo. On peut facilement y faire tenir six Big Mac. Ou trois little mecs.
C’est comme cette soirée où j’avais invité plusieurs résidus résidants du 3ème, chez moi, sans qu’ils ne soient au courant. Qu’est-ce qu’on a pu rigoler, moi et moi ! En plus, pour changer, personne de l’étage n’est venu se plaindre du bruit ! Difficile, la bouche pleine de chiffons.
Avec le départ de mon voisin, je suis désormais l’unique mâle de la bâtisse. Et bien croyez-le ou non, mais c’est loin d’être une sinécure. Surtout quand, comme moi, on préfère rester chez soi pour regarder des films. Ou s’en faire.
Les filles de l’immeuble me courent après, c’est affreux. Je déteste faire de l’exercice.
Voilà ce que c’est de délaisser vingt femmes insatiables d’hommes attentionnées, gentils, sincères et soigneux : elles sont si désespérées qu’elles s’en prennent à moi.
J’ai flashé sur Sylvie un jour près de la machine à laver du rez-de-chaussée. Elle se trompait d’endroit, je trempais mes slips. Dès la première seconde j’ai su que c’était la femme de ma vie. Si pour l’instant elle refuse de vraiment s’engager – elle serait actuellement à Beyrouth, petit con, m’assure son père -, je continue à croire à la viabilité de notre relation.
« Je ne vous ai pas déjà vu quelque part ? » « Si, sur le câble », m’avait-elle répondu. Dans cet ascenseur, transporté par mes émotions, je lui avais évoqué mes envies de fellation ; elle s’était penchée sur la question sans hésiter. Le début d’une grande histoire d’amour de quatorze secondes exactement – elle descendait au 3ème. J’espère la revoir un jour.
Très mignonne, bien que, comme la touche, son nom m’échappe. Elle aussi, remarquez. Notre relation est épisodique : elle fonctionne par épisodes, par « à suivre ». Cette fille, je ne m’en lasse pas. Le problème c’est qu’elle aussi, elle ne m’enlace pas.
Ah, Françoise. Tout un roman. Enfin dans l’hypothèse où l’imprimerie avait déjà été inventée lors de sa naissance. Ce sourire meublé de malice, cet oeil de verre bourré d’espièglerie, cette odeur étrange qui émane de sa peau… Françoise, c’est l’aventure ! Avec un grand A – on est obligé d’agrandir la police, vu qu’elle arrive plus à lire.