Un blog culte dans mon appartement
La France vient de louper le coche en éliminant Raymond Bounaffou de la présidence de la république. La société post-2007 ne sera donc pas numismate, et c'est avec regret que Raymond Bounaffou, le malheureux perdant, s'est adressé à ses supporters, accoudé à un pupitre en bois taillé dans la roche :
"J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conséquences en me retirant de l'élection présidentielle 2007," a courageusement déclaré le candidat neutre, provoquant l'ire de ses sympathisants qui ne s'attendaient pas à cette nouvelle choc.
Le jugement implacable du verdict n'a offert qu'un maigre 16,64% au leader du Mouvement Neutre, bien loin des 95 % pressenti par les sondages - effectués sur un échantillon de 12 membres du Mouvement Neutre, il est vrai. Pourtant, on y croyait. Les partisans d'un monde sans imprimantes et sans vieux à la caisse espéraient cette révolution qui, déplorons-le ensemble, n'arrivera jamais. Le monde clôt ses paupières, la poussière d'en face gouvernera l'hexagone pendant 5 ans. C'est une page qui se tourne pour Bounaffou, lui qui, pourtant, ne sait lire qu'à moitié.
Au QG de campagne, à l'annonce de la branlée, les coeurs s'essoufflaient et les cheveux grisonnants perdaient de leur éclat. Oui, la défaite est triste quand elle est injuste. La France a commis une erreur, et, par delà les mers, les autres nations de la terre se joignent à notre peine pour communier ce chagrin. Les titres des journaux sont sans appel : "Un 11 Septembre-bis" (Le Monde), "Un coup de Trafalgar" (Le Parisien), "Andreï Tchmil remporte Paris-Tours" (Vélo Magazine), "Jean-Paul Belmondo terrassé par le choléra" (France-Dimanche).
Pays de cons, comme disait l'autre, incapable de saisir la balle au bond, laissant s'échapper le sauveur qui ne demandait qu'à exercer son job. Bounaffou est amer, la pilule de ce scrutin a du mal à passer, elle qui aurait pu, aurait du enfanter le nouveau Kennedy. Il fait la gueule. Il envisage d'arrêter son blog, le dépité, et j'espère qu'il ne commettra pas l'acte ultime de mettre fin à ses jours en mélangeant fromage de brebis et saucisse de Morteau - même si cette mort aurait, je l'avoue, de la classe. Bounaffou restera dans l'histoire non pas comme un vainqueur, mais comme un loser : la définition le rattrape une nouvelle fois, lui qui n'a jamais été gâté par l'existence, cette salope. Chienne de vie, putain. Chienne de vie.
Cette défaite est, dans un certain sens, aussi la mienne. Jadis élu sur ce blog, Raymond Bounaffou et moi étions soudé comme pas deux. Notre condition de célibataire nous avait renforcé, rapproché. Je ne serais donc jamais "première dame de France" et me retrouve donc condamné à blogger sur le web pour moins de 500 lecteurs journaliers jusqu'à la fin de mes jours en imaginant des concepts diaboliques à la lueur d'une ampoule achetée 2 euros 30 dans un sordide supermarché de banlieue un mercredi après-midi en pleine séance de l'assemblée.
Fais chier.