On espérait énormément du septième film de Marcel Caravanion. Ce stakhanoviste de la pellicule, fils du rédacteur en chef de Télérama, avait su séduire les critiques d’ordinaires réticents par une facilité de la mise en scène déconcertante. Maître de la contre-plongée, troubadour du gros plan, Caravanion exploite tout le potentiel du 7ème art pour mener à bien ses projets. Son « Siège éjectable », Crevette d’Osaka en 2003, n’avait pourtant pas été retenu, à l’époque, dans le festival cannois. C’était en quelque sorte une revanche qui nous était donnée de voir, avec son nouveau projet : « Erreur de casting ».
« Erreur de casting » porte malheureusement bien son nom. Par ce titre, Caravanion comptait surprendre le spectateur. Trop efficace, ce postulat de départ nuit hélas à la crédibilité de l’histoire.
1959. Une jeune vietnamienne (jouée par Jean-Pierre Castaldi) travaille dans les rizières avec son amie Aniha, 17 ans (interprétée par Eddy Mitchell). Son père (Sarah Bernhardt) l'élève seul depuis son divorce avec Liomihu, sa femme (un pneu neige Dunlop). C’est alors qu’intervient l’armée américaine, commandée par le général John E.Focks (la chanteuse Priscilla). Sous les bombes et les balles, naîtra un amour tumultueux entre un des soldats US (Marthe Mercadier) et Aniha.
Acteurs à contre-emplois, surprises scénaristiques, dialogues inappropriés : « Erreur de casting » force le spectateur à l'attention la plus absolue pour rester pendu au fil de l'histoire. Tel cet échange du milieu du film entre Bradson, colonel de l'armée (un chorizo au cidre) et Matawa, une vieille femme du village (Gérard Darmon) :
Bradson - " Et voici Moussa, le géant africain, qui parcoure les champs-élysées son sexe à la main, tel Ross dans Friends se rendant chez Rachel."
Matawa - "Excusez-moi, mais que faites-vous dans ce village ?"
Brandson - "Oui, le samedi."
Une fondue de poireau aux noix - "Une société finit toujours par atteindre un moment de crise où la réforme s'impose. Nous l'avons connu avec l'arrivée de Mme Thatcher, après trente ans de déclin économique"
Matawa - "Sans doute parce qu'il reste de l'huile dans le moteur"
Bradson - "Mais cette machine dans ma tête, machine sourde et tempête. Cargo de nuit."
Matawa - "Cargo de nuit."
Un ours polaire - "Cargo de nuit."
François Fillon - "Cargo de nuit".
Une fondue de poireau aux noix - "Cargo de nuit"
Et je vous cite-là l'un des passages les moins controversés ! Moi qui ai toujours défendu l'originalité à la française, la "French Touch" de Tati, de Truffaut, je ne peux cautionner un tel ramassis de conneries, même émanant de Marcel Caravanion. Le tournoi de domino arbitré par Claude Sarraute au milieu des bombardements, dans une ville à feu et sang, me semble vraiment sujet à caution, presque autant que les kilts drapant les soldats américains. Et si l'on peut sourire de l'interprétation de Mireille Mathieu (en dictateur béninois pêchant à la ligne des brosses à dents le long d'une ligne de chemin de fer désaffectée), que penser de Jean Rochefort, mimant avec plus ou moins de conviction une course de grand prix à la force de ses bras ? Et ces centaines d'enfants imitant Bourvil en plein champ de bataille... Pourquoi ?
Michel, toi qui m'écoutes, toi qui me lis, pourquoi Larusso en hippopotame ? Pourquoi des mille-feuilles à la provencale en lieu et place des chenilles de tank ? Pourquoi cette bande-son horripilante, ces "Maîtresse oh ma maîtresse" en plein massacre de vietnamiens, gâchant par cet acte assassin toute l'intensité de la scène ?
J'ai du mal à saisir la pertinence d'Edouard Balladur en patron de sex-shop, même affublé d'une perruque. Je veux bien qu'on se foute de la gueule du public, mais en faisant en sorte qu'il ne s'en rende pas compte ! Un film incomplet, incompréhensible, voué à l'échec commercial. Le genre de machin tout juste bon à nettoyer ce qui sert d'hangar à marin à Paris Hilton. Un concours de pet multimédia.
Mon favori pour la palme d'or, donc.