Hector Salmenier a entamé lundi sa 42ème rentrée scolaire de terminale ES consécutive, un record en la matière. Agé de 59 ans, il s’est confié au Blog de Myblack juste devant les grilles du lycée dont il est désormais le doyen – à égalité toutefois avec Bernard Favoux, le proviseur.
« Au début les élèves sont persuadés que je suis le professeur d’anglais ou un type de ce genre. Puis, voyant que je n’en glande pas une, comme eux quoi, ils se font à l’idée. Oh, évidemment, la suspicion rôde : il y en a toujours un pour imaginer que je suis un espion envoyé par l’administration, une sorte de mouchard. Mais je sais m’y prendre avec ces gamins, alors tout s’arrange assez vite. Les bienfaits de l’expérience, comme on dit ! »
Longtemps confiné dans un rôle de perturbateur, Hector Salmenier n’a pas été gâté par le destin. Plusieurs fois il loupa son examen de fin d’année pour quelques points ou une feuille de pompe mal orthographiée. Souffrant d’allergies respiratoires, sa tendance à constamment tomber malade en juin l’empêche de disposer de toutes ses forces aux moments les plus éprouvants. Au fil des décennies le doute s’est progressivement installé, faisant d’Hector l’homme le plus célèbre de l’établissement. Et qui entend bien se faire respecter : « l’autre jour la prof de math m’a engueulé parce que j’avais oublié mon exo à la maison. Je me suis pas laissé faire ! Elle me doit le respect, la petite : j’ai quand même 22 ans de plus qu’elle ! »
Hector Salmenier a vécu le temps honnie de l’éducation à la dure : évoluer maintenant au sein de professeurs tous plus indolents les uns que les autres le réjouit. On aurait pu le croire à l’écart, dépassé par la jeunesse insouciante de ses compagnons. Il n’en est rien : toujours le premier à se moquer des moches ou des obèses, il n’en rate pas une ! Hector est comme ça : un cinquantenaire à l’esprit débridée qui aime la fête, les jeux vidéos et la télévision. Au détour d’un vol de portable il s’approche de nous : « dire qu’à mon époque on jouait aux billes ! Quels ringards ! Les gamins d’aujourd’hui sont vachement moins coincés, et ça me plait ! ». Sourire aux lèvres, téléphone dans la poche.
Pour obtenir son baccalauréat Hector Salmenier peut compter sur l’aide de sa fille, élève de Seconde dans le même lycée. Beaucoup plus consciencieuse que lui, elle souffre de l’attitude de son papa, qui drague constamment ses copines en cours de recrée.
On le dit colérique, bordélique. Il est simplement naturel, libre comme l’air, comme tous les adolescents de son âge. « Moi l’autorité, je lui chie dessus. Les études ne servent à rien, les profs sont des connards, c’est clair. Me dites pas que l’histoire de France c’est utile, dans la vie ! La prise de la Bastille de 1512, ça m’a jamais empêché de dormir ! Pas vrai les gars ?!», confie Hector, en pleine séance de tag dans les toilettes avec trois autres étudiants.
Y a-t-il des avantages à être l’aîné ? « Les potes sont impressionnés dans les douches, après les cours de sport, quand je leur raconte mes coucheries. La plupart sont puceaux, je les fais rêver lorsque j’évoque mes ébats avec leurs mamans d’il y a 40 ans, quand elles étaient encore lycéennes. Ils ne regardent plus leurs mères de la même manière, grâce à moi, lol ! », plaisante Hector, entre deux cours. Le baroudeur est apprécié. Ses amis sont nombreux, ravi de compter un tel sage dans leur rang. Le voilà qui crache du haut de l’escalier sur monsieur Thibaud, le prof de Français. Plus tard, on le surprend à toucher les fesses de la meilleure de la classe, imité par plusieurs amis. Imperturbable.
Hector n’a plus de cheveux, son bide l’handicape à la course, il écoute les Bee Gees mais pourtant il leur ressemble. Il est comme eux. Un gros con qui fout la merde, avec 42 ans de plus.