Un blog culte dans mon appartement
Jean-Michel Lebrin, longtemps cantonné à des rôles de second plan dans des films d’auteurs boudés par un public de boudins, transforme le Bataclan en véritable musée Grévin. Dans Jean-Michel Lebrin au Bataclan, pas vraiment de sketchs ni de scénarios construits ; simplement des tranches de vie, des zooms de l’existence, des miettes du présent qu'il se plaît à défigurer avec autant d'excellence qu'un chirurgien pour rombières ridées.
Jean-Michel Lebrin (ici en train d’imiter Doc Gynéco) est bien plus qu’un simple interprète de génie : c’est un véritable caméléon à la langue bien pendue, déversant dans un silence des plus poignants ses mimiques dépouillées de toutes pacotilles.
A bientôt 53 ans, Jean-Michel Lebrin (qu’on peut voir sur cette photo en pleine parodie de Michael Youn) a su rester jeune. L’ancien complice de Patrick Sébastien - qu’il a croisé un jour dans le métro – n’a désormais plus rien à envier à son maître, sinon les jongleurs d’assiettes moldaves. Entre Chaplin et Droopy, Jean-Michel Lebrin s'anime à foison l'espace de deux heures dans Jean-Michel Lebrin au Bataclan, un spectacle entièrement écrit par Jean-Michel Lebrin.
S’il est capable de croquer avec malice les femmes (comme ici, en Isabelle Adjani), Jean-Michel Lebrin reste naturellement porté sur les hommes. Enfant de Thierry Le Luron, l’artiste au visage élastique peint son Jean-Michel Lebrin au Bataclan de vitriol, sans se soucier du qu’en-dira-t-on et des poursuites judiciaires. « Les poursuites judiciaires, je m’en fous, je cours plus vite qu’elles ! », déclarait-il d’ailleurs non sans humour en 2001, peu avant son procès perdu contre Karl Lagerfeld.
Dans un final haletant, Jean-Michel Lebrin revisite à lui tout seul la campagne présidentielle 2007, en s’inspirant des tics des principaux candidats (comme le prouve cette image tirée du spectacle, où l’on peut apercevoir Jean-Michel Lebrin en Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Gérard Schivardi). Car Jean-Michel Lebrin, bien loin des facilités d'un Gad Elmaleh - pour ne citer que lui -, se permet de chatouiller le nombril des puissants, de titiller par un regard cruel mais objectif sur la société le ventre rondouillard de ceux que les plus lâches n'osent attaquer.
Et c’est finalement au moment du rappel que Jean-Michel Lebrin redevient lui-même : son imitation très personnelle de Jean-Michel Lebrin singeant Daniel Auteuil pousse la larme à l’œil ; sans doute emporté par les applaudissements, le pasticheur aux cheveux pastel se décide enfin à lâcher un mot, son premier du spectacle, un « Merci » saisissant de sincérité qui résonne, pour toujours, dans nos cœurs de simples mortels.