Un blog culte dans mon appartement
Hier, en sortant d'un anecdotique contrôle d'anglais de soixante minutes aussi charismatique que la prof du même nom, j'ai voulu finasser. Il n'était que 17 heures et une rue inconnue me faisait du pied, alors je l'ai draguée, empruntée sans demander la permission à son propriétaire : regrettable erreur.
Je suis tombé nez à nez sur un collège. Un collège de jeunes. De juvéniles petites salopes de 14-15 ans exhibant leurs corps habillés sur les trottoirs longeant l'établissement ; 17 heures, les profs venaient de lâcher leurs moucherons, et c'est dingue ils sont si différents des collégiens que j'ai fréquenté y a seulement 7, 8 ans que j'ai littéralement halluciné : les filles étaient toutes identiques, bijoux aux doigts, anneau doré à l'oreille, petit derrière étroit étalé aux yeux des garçons qui, à ma grande surprise, avaient tous les cheveux farcis de gel coiffant, même les moches, et ça m'a fait littéralement halluciner car ils se ressemblaient tous, filles et garçons, garçons et filles, on aurait pu sans peine les mélanger tellement ils se ressemblaient tous et je suis sûr que leurs parents n'auraient rien remarqué si j'avais échangé leur gosse avec celui d'un autre.
Ca me faisait vraiment bizarre, toutes ces femmes de 15 ans. Je ne fantasmais pas réellement, je regardais nonchalamment, scientifiquement, en cherchant une explication à leurs gestes, leurs accoutrements, en me demandant ce qui avait bien pu changer depuis 1998, et à part la béatification de Zidane rien ne me venait à l'esprit, alors j'ai poursuivi l'observation de ces insupportables beautés. Les rouges à lèvres défilaient, ils n'avaient pas froid, personne ne semblaient avoir froid, d'ailleurs. On était au mois d'août, ils, elles pavanaient, en maillot, comme à la télé, sauf qu'ils existaient vraiment. Ca me semblait surréaliste, ce numéro, et je n'arrivais pas à percevoir le moindre intérêt, j'ignorais les raisons qui les poussaient à m'être aussi étranger. Parmi ce tas impropre, seulement 3 ou 4 méritaient la clémence, guère plus, probablement moins, même ; il me semble qu'il y avait davantage de gens normaux, quand j'étais jeune. Je me souviens bien de quelques troupeaux de pouffiasses, mais c'est monnaie courante, ce genre d'espèce, dans la faune humaine. Particulièrement dans les régions adolescentes. Mais autant d'un coup, là, condensé devant mes yeux, je trouvais ça suspect, beaucoup trop : je prenais 10 ans par seconde, statufié devant tant de bêtises, de grossièretés esthétiques, de mots inconnus. Ils parlaient vite, ils parlaient mal, ils éructaient plus qu'ils ne parlaient. Des grilles en fer se dressaient devant eux, comme dans un zoo, et j'avais le sentiment d'être rejeté. Quiconque désirait entrer dans leur danse devait connaître la chorégraphie par coeur. Certaines scènes me terrifiaient : les filles semblaient sans pitié, les garçons inconscients, violents, adultes avant l'heure. A leur âge, transposé dans cet univers - même si je n'ai jamais réellement eu 15 ans - j'aurais été laminé, minablement, écrasé. J'aurais été dévoré, gobé tout cru, et ils se seraient partagés ma carcasse encore tiède en comparant les morceaux pour savoir qui détenaient le plus gros, et ça les auraient fait rire, je crois. Ces jeunes-là n'étaient plus jeunes depuis longtemps : ils avaient muté, d'inoffensives tortues en ninjas. Leur monde m'était clôt, et je ne le comprenais pas, je ne le comprenais plus.
Et puis, comme ça commençait vraiment à cailler sa mère (un des collégiens a dit ça, « cailler sa mère », j'ai trouvé ça pathétique, skyrockien), je les ai tristement abandonnées à leur triste sort de légumes et pris le métro qui, lui, était humain.