Un blog culte dans mon appartement
De notre correspondant sur place, Patrick-Antoine Chouflard
Issy-les-Moulineaux, joviale commune des Hauts-de-Seine, a basculé dans l'horreur, lundi. Alors que ses 50 000 habitants digéraient les restes du changement d'année, l'impossible est arrivé, abruptement, plongeant la cité entière dans l'incrédulité la plus totale. Les cris, la peur résonnent encore sur le parvis de l'hôtel de ville, et les pigeons tremblent encore, blottis contre les murs, les plumes affolées.
A 10 heures, des milliers de clowns ont pénétré dans la ville avec pertes et fracas, et ont commencé à amuser hommes, femmes, enfants et animaux domestiques, sous les regards circonspects des meubles de maison. De chaumières en chaumières, leur numéro a perduré, sans que quiconque ne puisse l'endiguer. Les gags minables, les tartes à la crèmes, les chaussures à pointures 56 fusaient : la police, sous l'emprise du poison, s'avéra incapable d'agir.
Certaines familles ont ainsi dû subir, des heures durant, le courroux de ses clowns criminels, à chemises rayés ou à chapeaux à melon. Les blagues de "Toto " auraient fait, selon les dernières estimations, entre 4 000 et 6000 victimes. Plusieurs enfants, apercevant le tragique horde à nez rouges, se seraient jetés des étages, pour échapper à ce funeste sort.
La mairie fut rapidement aux mains de l'armée des clowns, qui commencèrent alors un vandalisme incontrôlable qu'eux seuls maîtrisaient : l'édifice fut repeint en rose avec des pois jaunes, les bureaux remplis de crème pâtissière et les employés municipaux contraint à jouer à "Je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette". On n'ose imaginer l'angoisse ressentie par ces malheureux fonctionnaires, la plupart décédés depuis.
Le maire d'Issy-Les-Moulineaux en personne, le truculent André Santini, subit l'infâme persécution déguisementaire : séquestré puis violé par les clowns les plus influents de la troupe, il fut obligé d'adopter un couvre-chef et un nez carminé, ainsi qu'une plume symbolique (que nous ne pouvons malheureusement pas montrer sur cette photo, pour d'évidentes raisons de décence).
Vers 15 heures 34, un clown prit la parole, et entama une longue litanie de blagues maudites : "Vous connaissez celle de la femme du nain ? Je vous préviens : elle est courte, mais elle est bonne ! " ; "Quel est le plat préféré du vent ? Réponse : le soufflé !! " ; " Qu'est-ce qui est vert et qui va dans l'eau ? Réponse : un choux marin !" . A raison de 3 blagues par minute, la psychose gagna rapidement les habitants, massés contre leur gré sur la place.
Aux environs de 19 heures 06, profitant d'un arrêt des suicides, un second clown prénommé Gonzo fit son apparition, et commença une série d'histoires drôles sans chute : "C'est l'histoire d'un facteur bègue. Un jour, il prend son vélo pour distribuer le courrier." ; "C'est Philippe qui va voir son père : dis, papa, tu peux me passer le sucre ?" ; " Un suisse entre dans un bar. Il s'approche du comptoir et commande un café". Les suicides reprirent alors de plus belle. Heureusement, un homme, un seul, décida de braver le danger et d'en finir, au péril de sa vie :
Jean-Guillaume Toupière, respectable dentiste et père de famille, s'arma alors de feuilles d'impôts et les brandit contre les clowns : décontenancés par cet exemple de la réalité du quotidien, ne sachant comment agir face à ce sursaut d'orgueil, ils lâchèrent leurs cahiers de blagues, les fleurs en plastiques et s'agitèrent en tout sens. Profitant de la confusion, les Isséens attrapèrent pieux, cailloux, escarpins et tout autres objets contendants : ce fut indéniablement le plus sublime massacre de clowns en France depuis celui de 1653.
Les survivants de la ville dansèrent autour des boyaux, et portèrent en héros Jean-Guillaume Toupière. Les corps des vandales furent ensuite jetés dans l'océan Indien, puis on attacha à un feu tricolore Christine Bravo, qui passait par là, avant de la brûler
Pourtant, certains des clowns ont échappé à la vengeance des habitants d'Issy. On murmure qu'ils rôdent encore dans les caves, les égouts, les boîtes de corn-flakes, à la recherche d'âmes à tourmenter. A Issy-Les-Moulineaux, le chaos semble s'être assoupi, mais plus rien ne sera jamais comme avant.