Depuis que j’ai de l’argent, les gens m’aiment davantage. Leurs regards ont évolué, depuis l’époque où la bourse était en berne. Le cours de l’action de mon Blog, en flèche, vilain profiteur de la disparition de Grégory Lemarchal, m’a offert du charisme, indéniablement, plusieurs cuillères que je déverse selon mon bon vouloir, le contexte et le rouge à lèvres de l’intéressée. Moi qui ne possédais rien, sinon pas grand-chose, étudiant lambda de formation, ces nouveaux cadeaux font maintenant office de boîtes de ravioli. Je peux m’acheter tout, même quand je n’ai pas faim, même quand je n’ai pas envie. Pour l’instant, mes emplettes sont faibles : j’ignore comment utiliser ce fric, moi, le pauvre, si je dois en abuser ou bien le compter et recompter. Le dilemme me taraude ; l’argent n’est décidément pas fait pour les pauvres.
Avec Gérard Crobard, nous sommes allé visionner des courts-métrages, comme le veut la coutume. C’est bien, les courts-métrages : pas trop long si jamais c’est chiant, ni trop bref si jamais c’est bien. « Un peu comme l’amour avec ma femme », m’a chuchoté Gérard, en prenant l’escalier (la montée des marches était en panne). « Ouais », j’ai confirmé, étant moi-même très intime avec sa femme, une rombière qui a fait fortune dans l'électroménager.
Une dizaine de courts-métrages jouait à la queue leu leu, entrecoupés par des instants dégustation confectionnés par Monique Ranou. L’ami Gérard présentait un court-métrage de sa création, disponible sur ce lien. Il n’était pas le seul à tenter sa chance, des jeunes loups du cinéma se faisant régulièrement les crocs dans ce domaine avant de passer à l’étage supérieur. Je reconnu néanmoins un vieux briscard parmi ces voraces : Jacko Tiboulon. Plus jeune, il avait reçu quelques distinctions majeures (le Lion d’Or de Venise 96) et d’autres plus mineurs (la Manche de Pioche de Roubaix 94). Lui aussi proposait une œuvre, avec Annie Girardot comme interprète féminine.
Puis vint le tour du grand Crypton Kalamov. Ce bulgare longiligne est une star dans son pays. Il ressemble curieusement à Charlotte de Turckheim, avec un peu plus de barbe. Ca lui donnait ce côté aventureux qu'apprécient tellement les membres du jury, notamment asiatiques. "Les niakoués, il les mène à la baguette", me souffla l'ami Gérard. Crypton Kalamov nous a sorti de son chapeau un petit bijou, intitulé "escamotable snail". Nous n'avons pas été déçu : la salle entière, unanime, l’a applaudit, avant de filer vers le buffet. Parmi elle : Michel Sardou, le fougueux numismate, lecteur du Blog de Myblack. Impressionnés, nous l'avons suivi en chantant "Je vais t'aimer".
Là-bas, beaucoup de vedettes. Enormément de vedettes. A Cannes, les stars sont partout. Dans la rue, la plage, les boutiques. Dans les restaurants, y a même un générique avant de commencer le repas. Ici, pas mal d’acteurs, bien sûr, mais également des chanteurs, des gens de la télé, ce genre de conneries. Rachid Bouchareb, le réalisateur d’ « Indigènes », attrapa un toast au saumon, le dernier, l’ultime. « Voila où nous mène la discrimination positive », invectiva Gérard, dépité.
Nous sortîmes du réceptacle à la recherche d’un lieu où diluer nos peines. Cannes grouillait. Gérard avait ses habitudes ici, ses repères. Une notoriété certaine. Il rentra dans un bar. Avant même qu’il ne commande sa boisson, le serveur prit soin de planquer sa femme : Gérard devait bien connaître l’endroit. On a passé la reste de la soirée à boire et attendre, enfin disons que je me suis chargé d’attendre et qu’il s’est occupé du reste. Puis, après que Gérard ait commandé une 3ème bouteille de champagne et la fille comprises dans les bulles, j'ai quitté ce désert, seul, sans me donner la peine de trouver une chute à cet article.