Un blog culte dans mon appartement
Habillé en Kickers, pointure 22, couche-culotte en évidence, il a triomphé de 63 concurrents pour s'offrir le titre de champion du monde d'échec. Agé d'un an à peine, Raynard Pletzel - c'est son nom - était clairement la grosse cote de ces championnats de Grenoble : il n'avait pour ainsi dire jamais entrevu un échiquier avant l'ouverture des hostilités, et ignorait tout des pièces, des règles, ce qui ne l'a pas empêché de s'imposer en finale contre le russe Alexandr Scherkov (surnommé "le grizzly du lac Baïkal).
Après avoir profité en 32ème de finale de l'abandon par gastro-entérite du suisse Michel Vaunien ("le cygne du Lac Léman") et de la suspension pour dopage inopinée du Canadien Johnny Gregg ("la truite du Lac Majeur"), il n'a pas tremblé en 1/8ème contre l'épouvantail péruvien Izala Araes ("le caniche nain du Lac Titicaca"). Son jeu plein d'imprévu et de déplacement invraisemblable a eu raison du sud-américain affilié FO. Durant ce match, Raynard Pletzel a eu de l'audace, de l'audace, toujours de l'audace : ses déplacements latéraux de pions sur 7 cases et sa manière si cavalière d'avaler les cavaliers adverses ont montré à quel point il possédait un sens tactique novateur - ainsi qu'un estomac en béton.
En 1/4, opposé à l'Irlandais Mitchell Sardow ("le bouquetin du Connémara"), sa précocité, associée à une odeur nauséabonde émanant de sa Pampers, a mis à mal les nerfs de son adversaire. On a encore en mémoire l'évanouissement soudain du valeureux celte, qui ne s'attendait pas à une telle manoeuvre.
La 1/2 finale constitua le point d'orgue de son parcours : quel retournement de situation quand, acculé en défense, ne lui restant qu'un roi et 2 pions, il eut un retour de biberon en plein sur l'échiquier : l'arbitre, en vertu du réglement, dû refaire la partie. Le français Bernadette-Sylvain Morvaron ("la coquille Saint-Jacques du marais poitevin"), ne supporta pas cette décision et insulta le corps arbitral : regrettable bourde, puisqu'il fut immédiatement disqualifié et extradé en Nouvelle-Zemble.
Puis vint la finale. Public en liesse, acquis à la cause du nourrisson édenté, banderoles de fan habillant le gymnase, Nelson Monfort. Tension à son comble, comme l'était le gradin dauphinois. Il ne pouvait pas l'emporter. Inexpérimenté, baveux, pleurnichard, Alexandr Scherkov allait l'écraser. C'était sans compter sur la valeur du jeu produit par Raynard Pletzel qui, d'emblée, décida d'avancer un pion sur la reine adverse. Désorienté, le russe répliqua timidement, avant de voir surgir sur son visage tout le poids du talent de son jeune opposant : un seau en plastique pour faire des pâtées, plus précisément. Assomé, Scherkov perdit ses réflexes. Les assauts du bambin s'intensifiaient. Les senteurs de la victoire se firent plus forte, aussi fortes que celles de sa couche ; il se montrait imperturbable. Il ne lui fallut que 11 minutes pour remporter la bataille et s'adjuger un titre de champion du monde plus que mérité.
Avec ce succès, le sport entre dans une nouvelle ère : Chelsea aurait acheté pour 4 millions d'euros un bébé de 2 mois qui s'annonce déjà prometteur, et les Spurs de San Antonio s'apprête à drafter un spermatozoïde de Michael Jordan, annoncé comme "la futur grande star des années 2025".