Un blog culte dans mon appartement
Incroyable dénouement, hier, lors du procès opposant le professeur Whitman à deux lectrices qui l'avaient accusé d'homicide volontaire à l'encontre de Myblack. Alors qu'on se prédestinait à un non-lieu (la soi-disant violation du traité d'Ipswich de 1983 brandie par Mr. Whitman n'ayant pas lieu d'être, puisque le traité n'existant pas), un incident totalement imprévue a ébouillanté l'audience jusque-là léthargique.
"C'était renversant, déclare Maître Collard, l'avocat du Professeur Whitman -, accompagné de Rex, son beau-frère. Je m'apprêtais à sortir une enveloppe vide pour tenter de sauver la face de mon client en évoquant le droit international en vigueur sur l'île de Paques quand soudain il est arrivé, droit comme un i."
"Je n'en reviens toujours pas, s'emeut Henri-Fabien Shewpps, poète maudit du Blog du Myblack. J'étais en train de pleurer en me lamentant sur mon condition d'artiste ratée quand soudain, profitant d'une vague de perplexité du public, il a surfé jusqu'au pied du juge, tel un Biarrot accompli."
Le soleil a envahi Francfort et le jour s'est levé, interloquant jurys, avocats, melons au porto et numismates présents. Il se dressait là, l'enfant du pays, celui qu'on croyait évaporé dans la chasse d'eau de la vie. Tenant fièrement une compote à la poire, il a crié la sentence qui, depuis, résonne indéfectiblement dans les conduits d'aération du tribunal : "Karaboutcha ! Karaboutcha ! Karaboutcha !"
Noyau du monde, il revenait de l'oubli, flamboyant chevalier exhortant l'inoubliable apophtegme : "Karaboutcha ! Karaboutcha ! Karaboutcha !" Parole mystique ? Parabole philosophique ? Cantique de l'au-delà ? "Karaboutcha !! Karaboutcha !!", criait son âme vengeresse. "Karaboutcha!!"
"Je crois qu'en fait il avait marché sur une punaise. Mais l'illusion était parfaite : tout le monde pensait sincèrement qu'il avait reçu une révélation divine, ou quelque chose comme ça", assure Günter, célèbre sérial-killer allemand.
Et Myblack s'est assis. Par terre, comme avant lui Gandhi ou Jean Lassalle. 20 jours d'absence, sans nouvelles, 20 jours de lecteurs agonisant, réclamant son retour commentaire après commentaire. La salle attendait une explication. "Excusez-moi pour le retard, y avait des embouteillages", a-t-il d'abord déclamé, sous les vivats de la foule. "Quoi de neuf, à part ça ?", rajouta-t-il, alors que les pleurs submergeaient les visages heureux des admiratrices. Ink, Lulla Paf, Leoetpris, Gwen : l'émotion était trop forte, trop belle.
L'inspecteur Derrick, qui avait mené l'enquête, s'arma de courage et monta à la barre. "Myblack n'a jamais été mort ! Il avait été enlevé par le professeur Whitman, puis emmené au rayon cosmétique d'un grand magasin. Il y errait depuis 20 jours, sans retrouver la sortie, lorsque je l'ai finalement retrouvé."
"Face à ces milliers de gels capillaires, de rouges à lèvres incompris, de crèmes dépilatoires, j'étais totalement perdu, désemparé. L'inconnu me faisait face, où que j'allais. Wow. Sans l'inspecteur Derrick, je ne m'en serais jamais sorti.", a déclaré Myblack, en mangeant une noix de coco à même la peau.
Le professeur Whitman a immédiatement reconnu les faits, en chialant comme un gosse. Il a demandé pardon, s'excusant de son comportement : "Myblack était si beau, si grand, si fort, si numismate, il détenait les clefs de la réussite et ma jalousie m'acculait au kidnapping. L'ivresse du contrôle de son blog m'a rendu fou, totalement désaxé. Je regrette, je regrette. Qu'ils aillent tous brûler en enfer, ces jeunes, qui ne m'ont jamais accepté ! Salauds de jeune !", s'est exclamé le sinistre moustachu. "L'enterrement de Myblack était bidon, oui, en effet. Pierre Bellemare, le croque-mort du coin, le maire de Francfort : corrompus, tous ! Tous ! Excuse-moi, Myblack ! Pardonne moi ! Je t'aime ! Je t'aime !", gémissait-il, pitoyablement, en loques.
Myblack lui a alors rappelé qu'il était chauve, ce qui a obligé madame le juge à condamner l'abscon scientifique à l'exécution publique (la peine de mort étant encore en vigueur pour les chauves, en Allemagne). Les applaudissement ont alors succédé aux "Lâchez-moi, bande de catholiques !" du Prof. Whitman (maintenant en prison) et partout dans le tribunal la joie d'avoir retrouvé l'être chère illuminait le prétoire. On a ensuite attaché un barde à un arbre (Francis Lalanne répétait un concert dans le coin) puis les sangliers sont arrivés, dodus comme un Américain, la cervoise a coulé à flot et l'album s'est refermé, page 47, libérant Myblack, ses lecteurs et les Daltons, qui s'étaient trompés de bande dessinés.